Tag Archives: Musique

  • Aujourd'hui, la musique classique #3
    01.04.12  _  13h48

    Dépourvue de fausse modestie, il l’avoue, c’est un génie. Il ne peut s’empêcher d’écouter la musique sans la saisir pleinement,  l’analyser, la digérer, et créer. De son nom découle le reste : Chilly Gonzales, où l’Esquimau moustachu.

    Gonzales est un performer infatigable (il joue très longtemps), c’est une véritable bête de scène, c’est aussi un maitre dans l’art du contrepied. Son album le plus vendu est Solo Piano, un album entièrement instrumental, sorti en 2004. Lui et son piano impressionnent la critique, et le compare Gonzales à Erik Satie (toujours plus). Gonzales le chaud bouillant, Gonzales l’Entertainer, se paie alors un luxe : être invité pour un grand show TV sur Mezzo, en face du grand, du beau, du coincé Jean-François Zygel.

    Dans Solo Piano, il joue sans bandana, mais avec un bermuda triangle, et danse la Carnivalse. Dans cet album, Gonzales s’amuse et joue avec les mots comme il joue avec les notes. Son ton léger et sa musique simple transportent qui veut s’éloigner du quotidien pour un moment.

    Vous êtes sur un banc dans l’aéroport, vous observez. Cette musique dans vos oreilles habille chaque personne qui croise votre regard. Il y a cette fraiche péruvienne de 23 ans très souriante dans sa jupe jaune (Oregano), cette élégante femme parisienne (Paristocrats), ou encore ce jeune homme pressé de partir (One Note At A Time). Tous sont là, à laisser filer le temps, pensant à leur père : l’Esquimau Moustachu.

    M/

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  • Aujourd'hui, la musique classique #2
    29.02.12  _  20h25

     Lundi, 8h30, je reçois un mail que je reproduis ici intégralement, accompagné de la réponse qu'il attend.

    Cher Quentin,

    J'adore Huis Clos, j'ai tous vos t-shirts, ils me vont à merveille et cachent mon petit ventre.

    Je m'appelle Dieu, je suis si vieux que je n'oserais pas te révéler mon âge, j'ai une belle barbe et des tonnes de vierges au Paradis.

    Jusque-là, j'avais le droit à quelques lives de Wolfgang et de Ludwig, je regardais les concerts de ce bon vieux Elvis, et une certaine Withney vient d'arriver. Mais tout ça m'ennuie. Pour faire simple, avec la fin de Megaupload, je suis totalement en dèche de musique.

    Que faire ?

    Je voudrais aussi te signaler que ces derniers temps, je suis très pris, j’entends des prières toute la journée et toute la nuit, je ne dors plus et l’agitation du monde m’épuise. Je prends des suppositoires mais rien n’y fait, alors j’aimerais plutôt écouter de la musique classique ou des trucs calmes.

    Merci.

    Peace.

    Cher Dieu,

    À moins que tu ne sois grec, pas de raison de t'alarmer. Prend une grande inspiration, arrête les suppositoires et écoute ces conseils.

    Car en vérité je te le dis, si tu avais demandé conseil à ton pote Benoît, il t’aurait sans doute répondu la même chose que ce que je vais te dire : écoute Arvö Part.

    Tu te plains de quelques désagréments et je suis de ton avis. Au cœur de ce monde relatif, mouvant, bruyant et matériel, je comprends que tu aies besoin de repères stables. Certains se tournent vers la religion, d’autres partent élever des moutons, deviennent végétariens, ne s’habillent plus que de slips. D’autres encore ne ressentent aucun besoin de se poser la moindre question, et préfèrent, pendant ce temps, se taper des putes entre deux rails de coke. Si tu ne dis pas non à une ou deux vierges de temps en temps, tel ne semble pourtant pas être ton cas.

    La musique d’Arvö Part, c’est 3 notes qui font un accord parfait, quelques cloches et beaucoup de silence. Et ça raisonne à l’intérieur de chacun, en nous rappelant qu’on a une petite voix qui nous parle et qu’il faut l’écouter. Et ce qu’elle dit n’est souvent pas très compliqué : Part préfère la frugalité des formes et la raréfaction des notes pour dire ce qu’il a à dire. Et chacun entend ce qu’il veut, c’est un peu le sens du titre de l’une de ses compositions, Spiegel im Spiegel : Miroir(s) dans le miroir.

    « Je pourrais comparer ma musique à une lumière blanche dans laquelle sont contenues toutes les lumières. Seul un prisme peut dissocier ces couleurs et les rendre visibles : ce prisme pourrait être l’esprit de l’auditeur ».

    En décalage total avec la plupart des expérimentations avant-gardistes de l'époque, Arvö Part adoptera le style tintinnabulum (en référence aux cloches des liturgies catholiques) et le développera vers la fin des années 70, notamment dans les pièces Für Alina et Fratres.

    Finalement, Dieu, pourquoi Bjork, ou Marilyn Manson se réclament-ils d’Arvö Part ? Parce que, comme le dit le blog « musicaeterna » : « L’émotion transparaît toujours dans cette manière propre qu’a Part de faire résonner chaque son pour ressaisir par la durée une certaine forme d’absolu ».

    Ecoute donc ce vieil estonien barbu, car sa musique est intime, spirituelle et sincère. Et dans ce monde, rien n’est beau que le vrai, rien n’est vrai sans beauté.

    Bisous,

    Quentin Hervé

     


  • Ordonnance Musicale
    24.02.12  _  16h25

    Ce billet fait suite à une réflexion extrêmement profonde comme vous pourrez le constater dans les lignes qui suivent.
    Parce que je sais que pour les jeunes, mais pas que, avoir l'air cool c'est important, même primordial pour certains. Si si, on retrouve pleins de personnes qui, plus vieux et malgré une grosse voiture, une jolie maison et un chien ou un Hamster (le plus souvent un mélange des deux), souffrent toujours de ne pas avoir été considérés comme des gens cools, funs, marrants. Et ça, moi, ça me rend triste et pas content.

    Alors pour eux j'ai pensé...
    Pour tous ceux qui veulent être cool! Genre en soirée et tout.
    Ceux qui rentre chez eux sous la pluie, un peu alcoolisés ou ceux qui veulent faire danser les filles dans leur boom ultra "bath". Pour ces gens-là, il y a une sorte de médicament. Ce médoc' c'est une mixtape " The Summer Year " de TABI BONNEY et je vous la prescris. Elle est bonne en toute circonstance, été comme hiver, lors de fêtes ou de réunions d'anciens membres du club de bilboquet.

    En vrai ce son m'a fait groover. J'étais sur la ligne 4, je rentrais chez moi, et comme souvent sur cette ligne le wagon était blindé, limite ça puait... Heureusement un track a attiré mon attention; tellement que je l'ai écouté 5 fois d'affilé jusqu'à mon loft de 20m carré. Le pire c'est qu'arrivé à la station, je suis passé devant 5 ou 6 grecs et j'étais tellement captivé par le son que je n'ai même pas eu envie de m'en prendre un (de grec)...pour vous dire à quel point il est salé. (ce track)

    Bref, la tape de TABI BONNEY est à écouter seul ou en public.
    N'ayez pas peur de bouncer dessus, c'est une dooooose!

    Pour être un peu plus sérieux, la musique de TABI BONNEY rassemble tout ce que j'aime : groove, mélodie, sample de soul, de funk, des morceaux qui donnent envie de se balancer, de fredonner, d'autres de danser avec la plus belle de la soirée. Donc quelles que soient vos préférences, vous trouverez certainement votre came sur les projets de l'intéressé. BIM

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    Mention Spéciale aux morceaux suivants :


  • De la musique chez Nicolas Jaar
    16.02.12  _  14h08

     C'est à la fin de l'année 2009 que j'ai découvert Nicolas Jaar.

    Il faisait froid, on était en décembre, ça sentait le vin chaud et on se donnait pas mal sur le foie gras. Le blog Get The Curse avait eu la fabuleuse idée de mettre en ligne un mix du Dj dans le cadre de ses podcasts. C'était le numéro 84.

    Je me souviens, à l'écoute, la première fois, avoir été frappé. On faisait enfin autre chose que la soupe 2.0 qu'on nous servait jusqu'à l'écoeurement. Je me souviens des samples entrecroisés : une interview d'Hendrix, un discours de Debord, la voix pitchée du désormais fameux "Time for Us" et un remix des Marquises de Brel. Je me souviens du funk chaud, des rythmes sud-américains et des sonorités orientales. De cet incroyable melting-pot mixé dans une house élégante et ouverte. C'est sans doute l'un des mixs qui m'a le plus excité depuis 5 ans, plein de promesses et d'audaces.

    Commencent alors les lives et les critiques. On lui reprochera, à juste titre, une technique faible, des enchaînements grossiers. Qu'importe, la démarche de Nicolas Jaar est exactement inverse.

    Sa musique est une musique des sens, un groove chaud et sexy qui donne envie de danser, tout en s'autorisant à réduire les BPM comme pour mieux suspendre l'instant. Sensuelle au possible, c'est une musique qui a une âme et qui parle d'abord au corps.

    Et Jaar de l'exprimer : " Je ne suis pas intéressé par la technique ou le savoir-faire. Aujourd'hui, ce que j'essaie de faire, c'est désapprendre. Picasso disait qu'il fallait dessiner comme un bébé, je comprends ça."

    2011. Nicolas Jaar a intégré la prestigieuse Brown University, a monté son propre label Clown and Sunset, et sort son premier album. Plus atmosphérique, plus intime que ses mixs, emprunt d'un certain minimalisme (Erik Satie et Villalobos pour influences), l'album révèle une ambiance, un travail d'orfèvre sur la meilleure façon de délivrer des effets. Une musique qui cette fois-ci parle à l'esprit.

    Nicolas est désormais enfant chéri d'une scène électro qui fait virevolter les culottes mais qui n'oublie pas d'expérimenter. Une scène qui ne répond pas à une demande mais qui offre ce qu'on a connu de mieux dernièrement (avec Jamie XX et James Blake). Jaar a droit à des interviews partout. Même chez madmoizelle.com, où on nous explique que " si Jaar était scolarisé à la fac de musique (sic), il ne serait pas professeur émérite mais thésard zélé (re-sic)". Il confiait aux Inrocks : " j'appartiens à une génération de musiciens qui s'est affranchie de quelque chose. Qui n'a plus la pression du marché car elle sait que ça ne marche plus, quoi qu'il arrive. La musique en ressort probablement plus honnête, fluide, spontanée. Elle n'essaie pas d'être quoi que ce soit".

    Honnête et spontanée donc, la musique de Nicolas Jaar est aussi simple, limpide, et pourtant profonde. Tant et si bien qu'il rentre dans mes playlists "sexe", "baignoire", "apéro" et "au réveil". Economie de moyens au service d'un groove qui a été perdu et qu'on ne retrouvera plus dans les turbines FM de LMFAO ou de David Guetta.

    Leonard Cohen, dans un discours de remerciement prononcé en 2011, disait : " A exprimer la grande et inévitable défaite qui nous attend tous, autant le faire dans les strictes limites de la dignité et de la beauté". C'est exactement ce que fais Nicolas Jaar, et cela suscite tout mon amour pour lui.

    Quentin Hervé

    www.nicolasjaar.net

    Le site de Clown And Sunset


  • Aujourd'hui, la musique classique #1
    30.01.12  _  21h23

    Une fois par mois, Huis Clos s’essaiera à la délicate tâche du lavage de vitrine. Avec une bonne petite raclette, on va nettoyer la vitrine d’une boutique qui en a bien besoin. Avant, elle était omniprésente, maintenant, elle est invisible mais toujours essentielle : la musique classique.

    On évitera le « la musique classique ça me détend », et aussi le « c’est superbe », ou encore le « voilà, c’est tout ce que je déteste dans le baroque ». Parce que nous ne sommes ni experts, ni débutants, mais entre les deux : nous sommes des petits curieux.

    La loi de la performance (et de la jungle) étant passée par là, la nouvelle musique classique n’est plus jouée dans les plus grandes salles de spectacle, et ses compositeurs ne bénéficient plus de privilèges particuliers par les présidences. Qu’importe, la nouvelle musique classique est quand même portée aux oreilles du plus grand nombre, notamment par le biais de deux canaux : la télévision, et le cinéma.

    C’est sans doute ses deux canaux qui ont permis à Ludovico Einaudi de se faire connaitre du grand public.

    Quand je vous disais qu’on était de petits curieux. Cette chanson, utilisée dans une publicité pour la marque Orange, est la face immergée de l’iceberg de l’œuvre de Ludovico Einaudi, car Ludovico est bien plus qu’un simple italien gaga de sa mama aux cheveux gominés par le gras de sa pizza mangée avec les doigts.

    Se servant de son don pour le piano pour installer des mélodies qui parviennent à être douces et puissantes, Ludovico Einaudi arrive souvent à faire flotter les éléments. Le plaisir vient alors très vite : on est détendus, c’est superbe, et le baroque est bien loin de nous préoccuper. Merde, on l’a dit.


  • Si le Wu Tang Clan avait été Québécois!
    10.01.12  _  01h06

    Pour les plus férus de Hip Hop, vous devriez aisément trouver quelques ressemblances avec le clip du morceau mythique "Protect Your neck" sortie en 1993 du Wu Tang Clan, groupe emblématique du rap New Yorkais voir même du rap tout court.

    Considérant celui-ci comme un hommage plutôt qu'une parodie, nous adressons un grand BRAVO aux nombreux MCs Québécois du K6A et aux réalisateurs de ce clip (Baz & Prince OG). Vous aurez peut-être aussi reconnu parmi eux des membres, créateurs et participants, des "Word Up Battles" (Concept ayant inspiré les Rap Contenders en France), Filigrane, Maybe Watson, Jam...

    Alors, même si on ne comprend pas tout... CHAPEAU, ce clip est "crissement" lourd!

     


  • Encore une histoire de chats
    09.01.12  _  15h00

    Bar de la Gaîté Lyrique

    AFP PHOTO / JOEL SAGET

    Le 2 Mars 2011, la Gaîté Lyrique a rouvert ses portes, après 20 ans de fermeture. Successivement jouet d’Offenbach, salle de ballets, école de cirque et même parc d’attraction, la Gaîté Lyrique a eu plusieurs vies, comme un chat (l’image n’est pas de moi).
    Longtemps ronronnant, le centre culturel semble enfin bien dans ses baskets. Relooké totalement par Manuelle Gautrand, le projet est séduisant, car sans oublier son passé, le lieu se tourne vers l’avenir. Cette position de pivot est parfaitement incarné par le bar de la Gaîté Lyrique (en photo au-dessus).

    La Gaîté Lyrique se consacre aux créations numériques dans « l’éclectisme, le pluralisme et la diversité » (Jérôme Delormas, son Directeur). Cette année, le lieu a accueilli des concerts des musiques actuelles (M83, Housse de Racket, Boys Noize…), des shows visuels & sonores (Versus 2.0 avec Carl Craig, Francesco Tristano et Moritz Von Oswald), mais aussi des expositions temporaires et éphémères, des conférences (« Google est-il supérieur à la démocratie ? », ou « Le Procès des Immortels » en partenariat avec la revue Usbek & Rica). Plein de ressources, d’imagination, de rêve, la Gaîté Lyrique devient avant tout un lieu de vie où il fait bon vivre et flâner.

    En 2012, pas après pas, la Gaîté Lyrique va continuer à avancer : conférences sur le futur, contes pour enfants, ateliers de création et concerts ambitieux sont encore et toujours au programme. On ne se fait pas de souci pour elle, on l’appelle déjà "la Gaîté", car c’est notre amie, notre compagnon de route qui nous répète sans cesse qu’il faut garder les yeux ouverts.

    Grâce à ma prof de CE2 et à Maurice Carême, je retombe alors sur mes pattes :

    Le chat ouvrit les yeux
    Le soleil y entra
    Le chat ferma les yeux
    Le soleil y resta
    Voilà pourquoi le soir
    Quand le chat se réveille
    J’aperçois dans le noir
    Deux morceaux de soleil
    La Gaîté Lyrique est donc un chat qui démarre une de ses 9 vies. Ca tombe bien, sur Internet et dans le monde du numérique, être un chat ça marche plutôt pas mal. Puisse la Gaîté avoir le succès (populaire) de Nyan Cat, dieu des chats de race kikoolol.

    Exemple d’un baptême réussi, la première ville invitée à la Gaîté Lyrique fut Berlin, cette ville fièrement modeste. Cette exposition, intitulée « Berlin Next! » ne sera point oubliée car un objet se chargera d’entretenir sa mémoire : « City Sounds Step ».
    Du krautrock à la minimale en passant par l’electronica on s’y perd dans les dénominations et cela donne un ensemble parfaitement cohérent, où tout est à sa place. Les producteurs de cette compilation de 6 CD (Naïve & La Gaîté Lyrique), parviennent à atteindre cette justesse que Miyasaki reproduit à chacun de ses films : de la légèreté, du goût, et beaucoup de poésie. Tout est limpide.


  • La musique est un instrument
    22.12.11  _  12h02

    Je suis un singe en hiver. Un escargot qui se recroqueville égoïstement sur lui et passe la saison au chaud, loin des aventures et loin du risque.

    Et pourtant, il est un pont qui se dresse au-dessus du givre.

    4e album d'Anthony Gonzales, artiste esseulé d'un duo déformé, Hurry Up We're Dreaming est un luxe que j'écoute aux coins de cheminée. Luxe d'abord parce que double, dans une industrie du disque en crise. Luxe ensuite parce qu'il est des objets qui émergent à travers le flot, dorénavant incessant, des nouvelles productions musicales, des nouveaux groupes, des nouveaux buzz.

    Epique et ambitieux, Hurry Up We're Dreaming est d'abord un voyage onirique à travers un monde plus grand, plus fort, où, les yeux clos, nous sentirions les odeurs de notre enfance. La grandiloquence, l'excès, la démesure, sont parfois très, trop proches. Et parfois même des déchets. Mais on pardonne aisément à M83 lorsqu'on entend Claudia Lewis et sa réponse Steve McQueen ; lorsque défilent pendant 5 minutes les voix d’enfants de Splendor ; lorsqu’apparaît le saxophone de Midnight City. On pardonne à ce disque total parce qu'ici la musique est un pont. Un pont vers des souvenirs et des impressions.

    « Nous avons voulu quelque chose d’assez fort, qui fasse parfois saigner les oreilles, une musique qui rende difficile de se concentrer sur autre chose. Quelque chose à bout de souffle, qui te pèse mais qui t’inspire, te fascine et t’accapare ». M83

    Deuxième cocon de cet hiver : Take Care de Drake. Comme M83, conscient que sa musique renvoie à une certaine forme de rêve, Drake a pigé que cet album, très homogène de bout en bout, protège comme cette grosse couverture Beverly Hills dans laquelle je m’enroulais, petit, devant la télé. C’est moelleux et chaud. On entend la voix du mec de The Weeknd, puis ensuite celle de Rihanna, au loin Nicki Minaj, Rick Ross, l’harmonica de Stevie Wonder sur ce qui est la plus belle ballade de l’année (« Doint It Wrong »), et Lil Wayne. Drake a des amis, mais Take Care s’émancipe de ces noms et ne vacille à aucun moment. Il puise au service de quelque chose d’un peu plus fort et d’un peu plus grand. Et ça remue en moi.

    Voilà la fin d’année qui arrive et, tous les blogs et tous les magazines dégainent leur top 2011 : Les Inrocks, Rolling Stone, Pitchfork, GorillavsBear, Stereogum, …

    Plutôt que de jouer à la compétition entre artistes, j’avais envie de vous parler de deux grands disques, sans départager, sans classer. Parce que la musique est une ouverture, sur soi et vers les autres, dans le présent et vers autre chose. Elle est un instrument. Elle est son propre monde.

    « Nous tombons de la joie obscrure à la douleur obscrure, le sentiment d’un manque inifni nous fait voir pleins d’attraits l’avenir et le passé. Nous vivons ainsi dans des temps écoulés ou dans des utopies lointaines, cependant que l’instant s’enfuit ». Ernst Jünger

    Ne laissons pas l’instant s’enfuir.

    Photo : "Phoenix Dust Storm", Flickr/Dbryant

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  • ITW / Minitel Rose
    19.12.11  _  22h37

    @Minitel Rose, le 23/09/09

    BAM: Minitel Rose, tout le monde vous connaît, dites-nous qui vous n’êtes pas ?

    MR: C’est un démarrage un peu prétentieux. Personne ne nous connaît vraiment encore. On est pas les Pony Pony Run Run. À un moment si, mais depuis on a échangé. On fait ça tous les 5 ans, on appelle ça une rotation synchrone.

    - Comment se passe l’enregistrement du prochain album ?

    - Comme dans un rêve, on a mis du temps avant de le commencer vraiment. Il y a plusieurs raisons à ça, on imaginait pas du tout le buzz qu’allait faire notre premier EP 7 titres, à tel point qu’il a été annoncé comme un album par la presse et les disquaires, alors que c’est une sorte de best-of de nos premières démos, tout a été fait à la maison, on le voit comme une introduction au groupe. On a aussi passé beaucoup de temps à travailler sur la scène au printemps, on a placé ça en premier. Du coup on s’est mis sur l’album que fin août. Et on peut dire qu’on a vraiment tout pour que cet album soit le fruit de nos désirs les plus fous.

    - Quelles sont vos principales influences ?

    - On a pas d’influences musicales principales, on est influencé par la culture pop, par les vieilles machines, par le cinéma des années 80 et 90, on est inspiré par ce qu’on vit, et avec tous les voyages qu’on a fait depuis 2 ans, on peut même appelé ça de la surinspiration. Ressembler à d’autres groupes est presque une phobie chez nous, c’est surtout qu’on a orienté notre prochain album vers une musique très pop avec uniquement des instruments plus vieux que nous. On ne le fait pas parce qu’on veut être rétro, seulement parce qu’on pense qu’il n’y a pas eu de meilleurs claviers et synthétiseurs depuis 20 ans. On essaie de se servir de ces instruments de notre manière et donc d’une manière moderne. Beaucoup de gens pensent qu’on est super calés sur les groupes de ces époques, ce qui n’est pas forcément le cas, ça nous est arrivé souvent qu’on nous compare à des groupes ou des chansons qu’on ne connait même pas.

    - Aimez-vous lire ? Si oui, précisez messieurs.

    - On est de la génération TV, je crois que Quentin ne lit que des Marvel Comics, Romain ne lit plus depuis que les jeux vidéos existent et moi je lis un Jules Verne par an. On a tous beaucoup lu quand on était jeunes, mais depuis qu’on a découvert que les filles existaient, on a organisé notre emploi du temps autrement. Le sujet de dissertation:

    - Qu’est-ce que la hype pour vous ?

    - Là d’où on vient, il y a ce qu’on appelle le “syndicat”, c’est lui qui est à la base de toutes choses à Nantes, c’est lui qui a ramassé Valérie dans la rue et qui en a fait ce qu’elle est devenue aujourd’hui, mais personne ne connaît son existence, c’est presque dangereux d’en parler. La hype n’existe pas.

    - Êtes-vous heureux ?

    - Si on était malheureux on arrêterait tout, si on était heureux aussi. Quelque part entre les deux.

    - Que pensez-vous de la puissance grandissante des blogs ?

    - Il y a tout et n’importe quoi. Les créateurs de bon blogs sont les vrais directeurs artistiques, les vrais radios et les vrais disquaires d’aujourd’hui pour toute une génération. On est super bien placé pour se rendre compte de leur puissance, avec notre blog Valérie. Mais je peux te dire qu’on est qu’au début, Anoraak me faisait remarquer que notre compilation “Valérie & Friends” est seulement la première compilation faite par un blog.

    - Comment voyez-vous la musique dans 30 ans ?

    - Il y aura un revival de la fin des années 2000, ils feront la même chose que nous en beaucoup mieux et avec beaucoup plus de bruits de laser (j’espère). Et nous on demandera à nos éditeurs si c’est le moment ou pas de faire un come back à la con.

    - Quelle est votre façon de produire ?

    - Pour composer on ne perd pas de temps, on enregistre nos idées avec n’importe quoi, le premier truc qui vient, au début on composait beaucoup chacun dans notre coin, beaucoup des titres de The French Machine ont été composé que par une seule personne. Depuis on essaie de composer le plus possible à 3. En ce moment on garde une chanson sur cinquante, après on essaie de prendre du recul, on cherche une structure efficace, on se prend la tête une semaine sur les instruments et les arrangements en essayant de ne pas spliter plus de 3 fois par jour, et on fait mixer ça par un membre du clan MacLeod en lui tapant dessus parce qu’il aime ça.

    - À quelle question auriez-vous rêvez de répondre ?

    - Pourquoi avez-vous choisi de vous appeler “Minitel Rose” ?

    - Pourquoi avez-vous choisi de vous appeler “Minitel Rose” ?

    - En fait on nous a posé 300 fois cette question, elle a fini par nous exaspérer. C’est pour cela qu’on l’a mise, c’était ironique. (Sourire)

    - Pensez-vous que Filip Nikolic (des 2be3, le seul, l’unique) est la victime du médecin de Mickael Jackson ?

    - On pense qu’il est la victime d’Alain Delon.

    Après son premier EP, Minitel Rose a sorti son premier album “Atlantique”. Composé entre deux escales à l’étranger (Russie, Brésil, Allemagne, Suisse…), enregistré les pieds dans l’eau ou presque et masterisé à Londres, “Atlantique” est une vision décomplexée de la vie aquatique et électronique. Un appel du pied pour jouer et rejouer, encore et encore, le score d’une party orgiaque.

    Minitel Rose @ Myspace


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