
Cher Quentin,
J'adore Huis Clos, j'ai tous vos t-shirts, ils me vont à merveille et cachent mon petit ventre.
Je m'appelle Dieu, je suis si vieux que je n'oserais pas te révéler mon âge, j'ai une belle barbe et des tonnes de vierges au Paradis.
Jusque-là, j'avais le droit à quelques lives de Wolfgang et de Ludwig, je regardais les concerts de ce bon vieux Elvis, et une certaine Withney vient d'arriver. Mais tout ça m'ennuie. Pour faire simple, avec la fin de Megaupload, je suis totalement en dèche de musique.
Que faire ?
Je voudrais aussi te signaler que ces derniers temps, je suis très pris, j’entends des prières toute la journée et toute la nuit, je ne dors plus et l’agitation du monde m’épuise. Je prends des suppositoires mais rien n’y fait, alors j’aimerais plutôt écouter de la musique classique ou des trucs calmes.
Merci.
Peace.
Cher Dieu,
À moins que tu ne sois grec, pas de raison de t'alarmer. Prend une grande inspiration, arrête les suppositoires et écoute ces conseils.
Car en vérité je te le dis, si tu avais demandé conseil à ton pote Benoît, il t’aurait sans doute répondu la même chose que ce que je vais te dire : écoute Arvö Part.
Tu te plains de quelques désagréments et je suis de ton avis. Au cœur de ce monde relatif, mouvant, bruyant et matériel, je comprends que tu aies besoin de repères stables. Certains se tournent vers la religion, d’autres partent élever des moutons, deviennent végétariens, ne s’habillent plus que de slips. D’autres encore ne ressentent aucun besoin de se poser la moindre question, et préfèrent, pendant ce temps, se taper des putes entre deux rails de coke. Si tu ne dis pas non à une ou deux vierges de temps en temps, tel ne semble pourtant pas être ton cas.
La musique d’Arvö Part, c’est 3 notes qui font un accord parfait, quelques cloches et beaucoup de silence. Et ça raisonne à l’intérieur de chacun, en nous rappelant qu’on a une petite voix qui nous parle et qu’il faut l’écouter. Et ce qu’elle dit n’est souvent pas très compliqué : Part préfère la frugalité des formes et la raréfaction des notes pour dire ce qu’il a à dire. Et chacun entend ce qu’il veut, c’est un peu le sens du titre de l’une de ses compositions, Spiegel im Spiegel : Miroir(s) dans le miroir.
« Je pourrais comparer ma musique à une lumière blanche dans laquelle sont contenues toutes les lumières. Seul un prisme peut dissocier ces couleurs et les rendre visibles : ce prisme pourrait être l’esprit de l’auditeur ».
En décalage total avec la plupart des expérimentations avant-gardistes de l'époque, Arvö Part adoptera le style tintinnabulum (en référence aux cloches des liturgies catholiques) et le développera vers la fin des années 70, notamment dans les pièces Für Alina et Fratres.
Finalement, Dieu, pourquoi Bjork, ou Marilyn Manson se réclament-ils d’Arvö Part ? Parce que, comme le dit le blog « musicaeterna » : « L’émotion transparaît toujours dans cette manière propre qu’a Part de faire résonner chaque son pour ressaisir par la durée une certaine forme d’absolu ».
Ecoute donc ce vieil estonien barbu, car sa musique est intime, spirituelle et sincère. Et dans ce monde, rien n’est beau que le vrai, rien n’est vrai sans beauté.
Bisous,
Quentin Hervé


